C'est l'un des moments où l'on se dit que quelque chose ne colle pas : votre comptabilité affiche un déficit, votre liasse fiscale un résultat de zéro. Ou l'inverse. Aucune des deux n'est fausse : elles répondent à deux questions différentes. La première demande « que s'est-il passé dans mon activité ? », la seconde « quel montant est imposable ? ».
Deux résultatsUne seule comptabilité, deux lectures
La comptabilité générale décrit fidèlement l'activité : vos recettes, vos charges, et l'usure de vos biens à travers l'amortissement complet, calculé sur leur durée de vie. C'est elle qui alimente le compte de résultat, le bilan et le fichier des écritures comptables (FEC). Le résultat fiscal, lui, applique les règles de déduction du code général des impôts pour déterminer ce que vous déclarez.
D'où vient l'écartQuatre sources de différence en LMNP
- L'amortissement plafonné. La comptabilité enregistre l'amortissement complet. Fiscalement, il n'est déductible que jusqu'à concurrence du résultat de l'année avant amortissement : il ne peut pas créer de déficit. L'excédent est réintégré au résultat fiscal, puis reporté sans limite de durée : c'est l'amortissement « différé ».
- L'usage personnel. Si vous occupez le bien une partie de l'année, la comptabilité enregistre les charges mixtes et l'amortissement en totalité, alors que seule la part liée à la location est déductible.
- Les dépenses non déductibles. Certaines dépenses, comme la taxe d'habitation, sont enregistrées mais ne participent pas au résultat fiscal.
- Les déficits antérieurs. Un déficit reportable issu d'une année précédente vient en déduction du résultat fiscal de l'année, sans jamais avoir modifié vos écritures.
Un exemple chiffréUn déficit comptable, un résultat fiscal nul
Résultat comptable : 12 000 − 7 000 − 8 000 = −3 000 € (déficit).
Résultat avant amortissement : 5 000 €. L'amortissement déductible est plafonné à ce montant : 3 000 € sont réintégrés.
Résultat fiscal : −3 000 + 3 000 = 0 €. Il reste 3 000 € d'amortissement différé.
Résultat fiscal : 6 000 − 2 000 − 3 000 = 1 000 €.
Rien n'a été perdu : l'amortissement excédentaire de la première année a simplement attendu un exercice qui pouvait l'absorber.
Pourquoi ça compteNe jamais « arranger » la comptabilité
La tentation existe : enregistrer un amortissement plafonné pour que la comptabilité affiche directement le résultat fiscal. Ce n'est pas la bonne méthode. Le fichier des écritures comptables est ce que l'administration peut demander en cas de contrôle : il doit refléter l'activité en montants réels. Les corrections fiscales se font à côté, de façon lisible, et se retrouvent ligne par ligne dans la liasse.
C'est aussi ce qui permet de suivre correctement vos amortissements différés : un stock à documenter année après année, dont la trace compte notamment au moment de la revente.
Questions fréquentesCe qu'on nous demande le plus souvent
Non. On parle de deux comptabilités par commodité, mais il n'y en a qu'une : vos écritures. Le passage au résultat fiscal se fait par des retraitements extra-comptables — des ajustements calculés à part, qui figurent dans la liasse mais ne modifient pas vos écritures.
Parce que la comptabilité enregistre l'amortissement complet de vos biens, alors que l'amortissement n'est déductible fiscalement que dans la limite du résultat de l'année : il ne peut pas, à lui seul, créer un déficit. L'excédent est réintégré dans le calcul du résultat fiscal, puis reporté.
Non. Ils sont reportés, sans limite de durée, et se déduisent sur les exercices bénéficiaires suivants, dans la limite du résultat de chaque année. Ils forment un stock qu'il faut suivre année après année.
Non. Le fichier des écritures comptables reste en montants comptables pleins ; les corrections fiscales se font en dehors des écritures. C'est le moyen de garder une comptabilité fidèle et un résultat fiscal calculé en règle.
Le déficit vient de charges réelles supérieures à vos recettes : il se reporte sur les bénéfices des 10 années suivantes, puis disparaît. L'amortissement différé se reporte sans limite de durée. Quand un exercice redevient bénéficiaire, le déficit s'impute en premier, puis l'amortissement différé sur ce qu'il reste.
Voir le passage du résultat comptable au résultat fiscal dans LMNPilot →